Vous entendez des grattements dans les cloisons la nuit. Vous trouvez des crottes derrière le réfrigérateur ou des traces de grignotage sur un emballage alimentaire. La présence de souris dans un logement est une situation bien plus fréquente qu’on ne le pense, notamment en automne et en hiver quand les rongeurs cherchent un refuge au chaud. La question qui suit immédiatement la découverte est toujours la même : qui doit s’en occuper et qui va payer ?
Cet article répond sans détour à toutes ces questions. Ce que couvre votre assurance habitation, qui assume les frais entre propriétaire et locataire, comment réagir quand le propriétaire tarde à agir et combien coûte une dératisation professionnelle en 2025-2026.
En bref
L’assurance habitation ne couvre pas la dératisation dans un contrat standard. Elle peut intervenir si les souris ont causé des dégâts matériels couverts par une garantie spécifique, comme des câbles rongés. Le propriétaire est responsable de la dératisation dans la grande majorité des cas, sauf si la négligence du locataire est prouvée. En copropriété, le syndic doit agir si l’infestation touche les parties communes. Le tarif d’une dératisation professionnelle se situe entre 100 et 300 euros selon la surface et l’ampleur de l’infestation.
Souris dans le logement : des dégâts matériels souvent sous-estimés
On pense souvent aux souris comme un problème d’hygiène. C’est vrai, mais c’est loin d’être le seul enjeu. Les dégâts matériels qu’elles peuvent causer sont parfois bien plus coûteux que la dératisation elle-même et ils ont une importance directe sur la question de l’assurance habitation.
Le premier risque, et le plus grave, concerne les câbles électriques. Les rongeurs ont besoin de ronger en permanence pour user leurs incisives qui poussent sans cesse. Les gaines électriques sont des cibles de choix car elles sont accessibles dans les cloisons, les combles et les vides sanitaires. Un câble dénudé par une souris représente un risque d’incendie ou de court-circuit réel. En France, plusieurs sinistres d’incendie déclarés chaque année ont pour origine des dégâts causés par des rongeurs sur les installations électriques.
Les souris s’attaquent également à l’isolation thermique, notamment aux panneaux de laine de verre ou de laine de roche dans les combles, qu’elles utilisent pour construire leurs nids. Une isolation endommagée entraîne des pertes de chaleur, des problèmes d’humidité et des factures d’énergie en hausse. Les tuyaux d’eau peuvent aussi être rongés, provoquant des microfuites difficiles à détecter. Sans oublier les dégâts sur les meubles, les vêtements et les denrées alimentaires stockées.
Sur le plan sanitaire, les souris transmettent plusieurs maladies potentiellement graves via leurs déjections et leur urine, dont la leptospirose et la salmonellose. La présence de rongeurs dans un logement constitue donc un risque pour la santé des occupants que la loi prend explicitement en compte.
L’assurance habitation couvre-t-elle les souris ?
La règle générale : non
Comme pour l’ensemble des nuisibles, l’assurance multirisque habitation ne couvre pas la dératisation dans un contrat standard. Les assureurs considèrent que la présence de rongeurs relève de l’entretien courant du logement et non d’un sinistre indemnisable. Les frais de dératisation, qu’il s’agisse des produits ou de la main-d’œuvre, ne sont donc pas remboursés dans la grande majorité des contrats.
Cette exclusion est logique du point de vue assurantiel : une infestation de souris ne survient pas soudainement comme un incendie ou une tempête. Elle s’installe progressivement et résulte souvent d’un défaut d’entretien ou d’une faille dans la structure du bâtiment.
Les cas où l’assurance peut intervenir
La situation change si les souris ont causé des dégâts matériels couverts par une garantie spécifique de votre contrat. C’est ici que l’angle des dégâts matériels évoqué plus haut prend toute son importance.
Si des souris ont rongé des câbles électriques et provoqué un court-circuit ou un début d’incendie, la garantie incendie ou la garantie dommages électriques de votre contrat peut être mobilisée pour couvrir les réparations. Dans ce cas, ce n’est pas la dératisation qui est prise en charge mais bien les conséquences matérielles du sinistre. La distinction est importante : l’assureur indemnise le dégât, pas la cause.
De même, si des souris ont percé une canalisation et provoqué une fuite d’eau, la garantie dégâts des eaux peut intervenir pour les réparations consécutives. Là encore, les preuves sont indispensables. Faites constater les dégâts par un professionnel et conservez toutes les photos avant toute réparation.
Certains contrats proposent une garantie nuisibles optionnelle qui couvre tout ou partie des frais de dératisation. Elle est rare dans les formules de base mais mérite d’être vérifiée dans vos conditions générales. Quelques assureurs comme Luko by Allianz Direct proposent une prise en charge jusqu’à 300 euros dans leur formule étendue. Selon une étude Selvitys pour Badbugs de février 2025, 61 % des Français envisageraient de changer de contrat d’assurance habitation si une autre leur proposait une couverture incluant la gestion des nuisibles. C’est un signal fort sur les attentes des assurés que les assureurs commencent progressivement à prendre en compte.
Pour aller plus loin sur la logique de couverture des nuisibles par l’assurance habitation, consultez notre article sur les nids de guêpes et l’assurance habitation qui détaille les mêmes mécanismes appliqués à d’autres nuisibles.
Propriétaire ou locataire : qui doit payer la dératisation ?
Le principe général issu de la loi
La loi est claire sur ce point. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose au propriétaire de remettre au locataire un logement décent, sain et exempt de toute infestation d’espèces nuisibles. La loi ELAN de 2018 est venue renforcer cette exigence en précisant explicitement que l’absence d’infestation par des nuisibles est une condition nécessaire à la décence d’un logement. Dans la grande majorité des cas, c’est donc au propriétaire de prendre en charge la dératisation et de payer les frais d’intervention.
Cette obligation ne s’arrête pas à l’entrée dans les lieux. Le propriétaire doit maintenir le logement en état d’usage tout au long du bail. Si des souris s’introduisent via une fissure dans les murs, un vide sanitaire mal obturé ou des parties communes infestées, la responsabilité du bailleur est engagée.
Les trois situations concrètes
La première situation est la plus simple. Des souris étaient présentes dans le logement avant l’entrée dans les lieux du locataire ou leur présence est mentionnée dans l’état des lieux d’entrée. Dans ce cas, la totalité des frais de dératisation incombe au propriétaire sans discussion possible.
La deuxième situation concerne les infestations liées à un défaut du bâti. Si les souris pénètrent par des fissures dans les murs, des passages dans la toiture, un réseau d’assainissement défaillant ou tout autre défaut structurel relevant de la responsabilité du propriétaire, c’est lui qui doit assumer les frais, y compris les travaux de colmatage des points d’entrée.
La troisième situation est la seule où le locataire peut être tenu responsable. Si l’infestation résulte d’un manque d’hygiène avéré, d’une accumulation de déchets alimentaires ou d’un défaut d’entretien manifeste imputable au locataire, ce dernier peut se voir réclamer les frais. Toutefois, la charge de la preuve appartient au propriétaire. C’est à lui de démontrer la négligence du locataire, pas au locataire de prouver son innocence. En pratique, cette preuve est souvent difficile à apporter.
Une règle pratique à retenir
Quel que soit le cas de figure, le locataire ne doit jamais faire intervenir un professionnel sans en avoir au préalable informé le propriétaire par écrit. Si vous agissez sans son accord, il peut légalement refuser de prendre en charge les frais d’intervention. Envoyez toujours un message écrit, idéalement par email ou SMS pour garder une trace, avant de contacter un dératiseur.
En copropriété : quand c’est le syndic qui doit agir
La situation est différente dans un immeuble en copropriété. Si l’infestation trouve son origine dans les parties communes, comme les caves, le local à poubelles, les couloirs ou le réseau d’assainissement collectif, c’est au syndicat de copropriété d’organiser et financer l’intervention via le syndic.
Prévenez le syndic par écrit dès que vous constatez la présence de souris et précisez que l’infestation semble provenir des parties communes. Si plusieurs logements sont touchés simultanément, c’est un indice fort que la source est collective et que la copropriété doit prendre ses responsabilités. Le syndic peut agir en urgence sans attendre une assemblée générale lorsque la salubrité de l’immeuble est en jeu.
Si vous êtes propriétaire bailleur dans une copropriété et que votre locataire vous signale des souris, vérifiez d’abord avec le syndic si d’autres logements sont concernés avant d’engager une dératisation à vos seuls frais.
Que faire concrètement si votre propriétaire n’agit pas ?
C’est malheureusement une situation fréquente. Voici les étapes à suivre dans l’ordre.
La première étape est le signalement écrit. Dès que vous constatez la présence de souris, informez votre propriétaire par écrit, en conservant une preuve de l’envoi. Un email suffit dans un premier temps. Décrivez les signes constatés, joignez des photos si possible et demandez une intervention dans un délai raisonnable.
Si le propriétaire ne réagit pas dans les jours qui suivent, passez à la mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Précisez le problème, rappeler son obligation légale au titre de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 et fixez un délai de réponse d’environ huit à dix jours. Joignez un devis d’un professionnel de la dératisation pour montrer que vous avez évalué le coût de l’intervention.
En l’absence de réponse, vous pouvez saisir la commission départementale de conciliation, un organisme gratuit qui peut aider à trouver un accord amiable entre propriétaire et locataire. Si la situation reste bloquée, le tribunal judiciaire peut être saisi pour contraindre le propriétaire à agir ou obtenir le remboursement des frais que vous auriez avancés.
Une mise en garde importante : ne déduisez jamais le montant de la dératisation de votre loyer sans accord écrit du propriétaire ou décision de justice. Cette pratique, même si elle peut sembler logique, constitue un impayé de loyer et peut se retourner contre vous.
Combien coûte une dératisation ?
Le prix d’une dératisation professionnelle varie principalement selon la surface du logement et l’étendue de l’infestation. Pour un studio ou un appartement de moins de 30 m², comptez entre 80 et 120 euros pour un traitement standard. Pour un logement de 50 m², la fourchette se situe entre 120 et 180 euros. Pour une maison individuelle ou une infestation étendue à plusieurs pièces, prévoyez entre 200 et 350 euros selon le professionnel et la région. Les interventions en zone urbaine, notamment à Paris et dans les grandes métropoles, sont généralement plus onéreuses qu’en zone rurale.
Ces tarifs incluent le déplacement, l’inspection, la pose d’appâts rodenticides ou de pièges et généralement une garantie de suivi sur six mois. Une deuxième intervention peut s’avérer nécessaire si la colonie n’est pas entièrement éliminée lors du premier passage. Renseignez-vous sur cette garantie avant de signer.
Un devis sérieux doit mentionner clairement la surface traitée, les produits utilisés, le nombre de passages inclus et la durée de garantie. Vérifiez que le professionnel est certifié pour l’utilisation de produits biocides. Méfiez-vous des tarifs anormalement bas qui peuvent cacher une prestation insuffisante ou l’utilisation de produits non homologués. Demandez toujours une facture détaillée après l’intervention, elle sera indispensable en cas de litige avec le propriétaire sur la répartition des frais.
Questions fréquentes
Mon assurance habitation prend-elle en charge la dératisation ?
Dans un contrat standard, non. La dératisation est considérée comme de l’entretien courant et n’est pas couverte. Certains contrats proposent une garantie nuisibles optionnelle qui peut prendre en charge tout ou partie des frais. Si les souris ont causé des dégâts matériels comme des câbles rongés ou une fuite d’eau, les garanties correspondantes de votre contrat peuvent intervenir pour les réparations. Consultez vos conditions générales ou contactez votre assureur pour en savoir plus.
Je suis locataire et j’ai des souris : que dois-je faire en premier ?
La première chose à faire est d’informer votre propriétaire par écrit dès que vous constatez la présence de souris. Conservez une preuve de cet envoi. N’appelez pas un dératiseur sans son accord, car vous risqueriez d’avoir à assumer seul les frais d’intervention. Joignez des photos à votre message pour appuyer votre signalement.
Mon propriétaire refuse d’agir, puis-je déduire la dératisation de mon loyer ?
Non. Déduire unilatéralement des frais de votre loyer constitue un impayé de loyer, même si votre demande est parfaitement justifiée. La procédure correcte est d’envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception et, en cas d’inaction persistante, de saisir la commission départementale de conciliation ou le tribunal judiciaire.
Les souris peuvent-elles endommager les câbles électriques et provoquer un incendie ?
Oui, c’est l’un des risques les plus sérieux liés à la présence de rongeurs dans un logement. Les souris rongent régulièrement les gaines électriques, ce qui peut provoquer des courts-circuits et des départs d’incendie. Si vous constatez des câbles endommagés, signalez-le en urgence à votre propriétaire et faites contrôler l’installation électrique par un électricien avant toute autre démarche.
Qui paie si les souris viennent des parties communes de la copropriété ?
Si l’infestation provient des parties communes, caves, couloirs ou réseau d’assainissement collectif, c’est au syndicat de copropriété d’organiser et financer l’intervention. Prévenez le syndic par écrit en précisant que l’infestation semble d’origine collective. Si plusieurs logements sont touchés simultanément, c’est un argument supplémentaire pour que la copropriété prenne en charge les frais.
Combien coûte une dératisation professionnelle ?
Pour un appartement de moins de 30 m², comptez entre 80 et 120 euros. Pour un logement de 50 m², la fourchette se situe entre 120 et 180 euros. Pour une maison individuelle ou une infestation étendue, prévoyez entre 200 et 350 euros. Ces tarifs incluent généralement le déplacement, le traitement et une garantie de suivi. Demandez toujours un devis écrit détaillé avant toute intervention.



