Les charges de copropriété ont flambé de 20% en trois ans, bien au-delà de l’inflation générale qui n’a progressé que de 12% sur la même période.
Cette hausse touche différemment propriétaires et locataires, mais concerne tout le monde. Pour les propriétaires bailleurs, c’est un coût qui grignote la rentabilité. Pour les locataires, c’est une partie des charges qui peut leur être facturée en plus du loyer.
Face à cette réalité, comprendre la répartition des charges devient importante. Qui paie quoi ? Combien exactement ? Quelles sont les nouvelles hausses prévues pour 2025 ?
Ce guide vous donne toutes les clés pour comprendre et maîtriser vos charges de copropriété, que vous soyez propriétaire ou locataire.
Les charges de copropriété : définition
Qu’est-ce que les charges de copropriété ?
Les charges de copropriété représentent l’ensemble des dépenses nécessaires au fonctionnement et à l’entretien d’un immeuble. Elles permettent de financer tout ce qui concerne les parties communes et les services collectifs.
Cette somme correspond aux provisions sur charges qu’on verse chaque trimestre. En fin d’année, après la régularisation des comptes, on peut avoir un complément à payer ou un remboursement selon les dépenses réelles de la copropriété.
Les deux grandes catégories de charges
La loi distingue deux types de charges selon leur nature et leur mode de répartition.
Les charges générales concernent la conservation, l’entretien et l’administration des parties communes de l’immeuble. Elles comprennent la réfection de toiture, le ravalement de façade, les honoraires du syndic, l’assurance de l’immeuble, ou encore l’entretien des espaces verts.
Ces charges sont réparties entre tous les copropriétaires proportionnellement à leurs millièmes, même si certains n’en profitent pas directement. Un propriétaire du rez-de-chaussée participera ainsi aux frais de réfection de toiture.
Les charges spéciales concernent les services collectifs et équipements communs comme l’eau, le chauffage collectif, l’ascenseur ou le vide-ordures.
Leur répartition se fait selon l’utilité objective que représente le service pour chaque lot. Un propriétaire du rez-de-chaussée ne paiera pas les charges d’ascenseur s’il n’en a pas l’usage, contrairement à celui du quatrième étage.
Cette distinction est fondamentale car elle détermine qui, du propriétaire ou du locataire, devra supporter chaque type de charge.
Répartition des charges de copro entre propriétaire et locataire
Ce que paie toujours le propriétaire
Certaines charges restent systématiquement à la charge du propriétaire car elles concernent la sauvegarde et la valorisation de son patrimoine immobilier.
Les charges générales ne peuvent jamais être répercutées sur le locataire. Elles comprennent les honoraires du syndic (en moyenne 229€ par lot et par an selon les données 2023), les primes d’assurance multirisque immeuble (125€ par lot en moyenne), les frais d’entretien et de conservation comme le ravalement de façade, et tous les travaux d’amélioration ou de rénovation lourde.
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Les travaux exceptionnels votés en assemblée générale restent également à la charge du propriétaire. Selon l’observatoire FNAIM 2024, les copropriétés parisiennes dépensent en moyenne 1,66€ en travaux pour chaque euro de charges courantes. Pour un lot moyen, cela représente plus de 4 000€ de travaux par an.
Le propriétaire supporte aussi les charges financières des emprunts contractés par la copropriété, ainsi que les frais de personnel permanent comme le gardien (636€ par lot en moyenne).
Au total, selon les données officielles 2023, un propriétaire parisien supporte en moyenne 43,34€ par mètre carré et par an de charges, soit environ 2 454€ par lot. Cette somme varie selon la taille de l’immeuble, son âge, et les équipements disponibles.
Ce que peut récupérer le propriétaire auprès du locataire
Le décret du 26 août 1987 fixe précisément la liste des charges récupérables auprès du locataire. Ces charges correspondent aux services dont profite directement l’occupant du logement.
Les charges d’eau représentent le premier poste récupérable. Elles incluent l’eau froide, l’eau chaude collective, et l’eau des parties communes pour l’entretien.
En 2023, ce poste représentait en moyenne 298€ par lot, en hausse de 12,8% par rapport à 2022. Cette forte progression s’explique par l’augmentation des tarifs et une consommation qui repart à la hausse.
Le chauffage collectif constitue souvent le poste le plus important pour le locataire, avec une moyenne de 517€ par lot en 2023, soit une hausse de 11,7%.
Cette augmentation reflète directement la flambée des prix de l’énergie. Depuis la loi ELAN, les copropriétés doivent installer des compteurs individuels pour que chaque occupant paie sa consommation réelle.
L’entretien des parties communes comprend le nettoyage, les fournitures d’entretien, les petites réparations et l’électricité des communs. Ce poste s’élève à 276€ par lot en moyenne et peut être intégralement répercuté sur le locataire.
Les taxes récupérables incluent principalement la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, dont le montant figure sur la taxe foncière du propriétaire. Cette taxe a progressé de 8,2% en 2023.
Pour calculer les charges locatives, le propriétaire additionne ces postes récupérables du dernier décompte de charges approuvé en assemblée générale. Le montant obtenu est ensuite divisé par 12 pour obtenir la provision mensuelle demandée au locataire.
Les cas particuliers qui créent des litiges
Certaines situations génèrent régulièrement des conflits entre propriétaires et locataires, souvent par méconnaissance des règles de répartition.
Les compteurs d’eau individuels constituent un enjeu majeur. Dans les immeubles équipés d’un seul compteur général, la répartition se fait aux millièmes, ce qui peut créer des injustices. Un couple économe paiera autant qu’une famille nombreuse aux mêmes millièmes.
C’est pourquoi les experts recommandent vivement l’installation de sous-compteurs individuels, même si l’investissement initial représente plusieurs centaines d’euros par logement.
Le chauffage collectif pose des difficultés similaires. Avant l’individualisation obligatoire, un locataire qui chauffait peu payait autant que son voisin qui laissait les fenêtres ouvertes.
La loi ELAN a résolu partiellement ce problème en imposant des compteurs individuels, mais la transition reste complexe dans les immeubles anciens.
L’ascenseur illustre parfaitement le principe d’utilité objective. Les habitants du rez-de-chaussée en sont théoriquement exemptés, sauf s’ils possèdent une cave ou un parking desservi par l’ascenseur.
Les charges augmentent progressivement selon l’étage, les derniers niveaux payant le plus. Ce système peut paraître injuste aux étages élevés qui paient à la fois pour la vue et pour l’ascenseur.
Les montants réels en 2024 : données officielles
Les chiffres de référence
L’observatoire FNAIM du Grand Paris, qui analyse les données comptables de plus de 27 000 lots parisiens, fournit les chiffres les plus fiables du marché. En 2023, les charges de copropriété ont atteint 43,34€ par mètre carré de surface assurée, en hausse de 10,71% par rapport à 2022.
Cette moyenne cache des disparités importantes selon le type d’immeuble. Les résidences avec ascenseur et gardien dépassent facilement 50€/m², tandis que les petites copropriétés sans services peuvent rester sous les 30€/m². Les immeubles anciens (avant 1918) affichent généralement des charges plus élevées en raison des coûts d’entretien du patrimoine.
Par lot, la moyenne s’établit à 2 454€ par an, travaux exceptionnels exclus. En ajoutant les travaux, ce montant grimpe à plus de 6 500€ par lot, confirmant l’importance de l’investissement immobilier en copropriété.
Ces montants parisiens dépassent largement la moyenne nationale estimée entre 25€ et 45€ par mètre carré selon les régions. L’écart s’explique par les coûts de main-d’œuvre, les contraintes architecturales du patrimoine haussmannien, et la présence fréquente de gardiens et d’ascenseurs.
Évolution des principaux postes de dépenses
L’analyse détaillée des comptes 2023 révèle les postes qui tirent la hausse vers le haut.
| Poste de dépense | Montant 2023 | Évolution vs 2022 | Impact |
|---|---|---|---|
| Eau froide | 298€/lot | +12,8% | Très fort |
| Chauffage collectif | 517€/lot | +11,7% | Très fort |
| Entretien maintenance | 174€/lot | +10,8% | Fort |
| Primes assurance | 125€/lot | +10,1% | Fort |
| Électricité | 167€/lot | +8,8% | Modéré |
| Honoraires syndic | 229€/lot | +3,7% | Faible |
L’eau froide subit la plus forte progression (+12,8%), résultat de la hausse des tarifs municipaux et d’une consommation qui repart après les économies forcées de la période Covid. Cette tendance impacte directement les locataires puisque ces charges leur sont intégralement répercutées.
Le chauffage collectif suit de près (+11,7%), reflet direct de la crise énergétique. Malgré le bouclier tarifaire gouvernemental, les copropriétés ont subi de plein fouet l’explosion des prix du gaz et de l’électricité. Cette hausse pèse également sur les locataires, sauf dans les rares immeubles où le chauffage reste à la charge du propriétaire.
Les assurances progressent de 10,1%, conséquence de la multiplication des sinistres climatiques et de l’insécurité croissante. Cette charge reste à la charge du propriétaire mais grève sa rentabilité locative.
À l’inverse, les honoraires de syndic n’augmentent que de 3,7%, bien en dessous de l’inflation. Cette modération relative s’explique par la concurrence accrue et la digitalisation des processus de gestion.
La part croissante des travaux
Au-delà des charges courantes, les travaux représentent un poste de plus en plus lourd. En 2023, les copropriétés parisiennes ont investi 4 093€ par lot en travaux, soit 10,7% de plus qu’en 2022.
Ce montant équivaut à 1,66€ de travaux pour chaque euro de charges courantes. Autrement dit, pour 1 000€ de charges ordinaires, il faut prévoir 1 660€ de travaux supplémentaires. Cette proportion tend à augmenter avec le vieillissement du patrimoine immobilier et les nouvelles obligations de rénovation énergétique.
Les travaux exceptionnels restent systématiquement à la charge du propriétaire, qu’il occupe son logement ou le mette en location. Cette réalité pèse lourdement sur la rentabilité locative, d’autant que ces dépenses ne peuvent être répercutées sur les loyers en cours de bail.
Les hausses 2025 : ce qui vous attend
Une tendance lourde qui s’accélère
Les dernières études sectorielles annoncent une poursuite de la hausse des charges en 2025. Après trois années difficiles (+20% cumulés entre 2022 et 2024), plusieurs facteurs vont maintenir la pression sur les budgets de copropriété.
L’énergie reste le principal moteur de hausse. Malgré un léger tassement des prix de gros, les tarifs réglementés poursuivent leur progression pour rattraper les coûts réels. Les contrats de chauffage collectif, souvent renégociés avec deux ans de décalage, intègrent désormais les prix de marché sans le soutien du bouclier tarifaire.
Les salaires tirent également les charges vers le haut. Les gardiens d’immeuble, agents d’entretien et autres prestataires de services bénéficient d’augmentations qui se répercutent directement sur les copropriétés. Le poste « frais de personnel » a progressé de 7,8% en 2023 et cette tendance se poursuit.
Les assurances continuent leur envolée avec des augmentations annuelles de 10% à 15% selon les assureurs. La multiplication des sinistres climatiques (inondations, grêle, sécheresse) pousse les compagnies à ajuster leurs tarifs. Une copropriété de taille moyenne peut voir sa prime passer de 2 000€ à 2 500€ par an.
Cette inflation généralisée touche différemment propriétaires et locataires. Les premiers subissent l’intégralité de la hausse sur les charges générales et les travaux. Les seconds voient leurs provisions sur charges augmenter proportionnellement aux services dont ils bénéficient.
Les nouvelles charges de copropriété obligatoires de 2025
Plusieurs obligations réglementaires vont créer de nouveaux postes de dépenses pour les copropriétés en 2025.
La modernisation des téléalarmes d’ascenseur représente le chantier le plus coûteux. Les systèmes actuels fonctionnant en 2G et 3G doivent être remplacés par des équipements compatibles 4G avant l’arrêt progressif des anciens réseaux (2025 pour Orange, 2026 pour SFR, 2029 pour Bouygues).
Le coût de cette migration varie de 3 000€ à 10 000€ par immeuble selon la complexité de l’installation. Il faut ajouter l’augmentation de l’abonnement annuel : d’après un exemple documenté en Isère, un immeuble de 18 logements passe de 360€ à 850€ par an, soit 490€ de surcoût annuel récurrent.
Pour une copropriété moyenne de 20 lots, cela représente un impact de 500€ par lot la première année (installation + surcoût abonnement), puis 40€ par lot supplémentaires chaque année.
Cette charge technique reste à la charge du propriétaire puisqu’elle concerne la sécurité de l’équipement, pas son usage.
L’amélioration de la couverture mobile dans les immeubles devient également obligatoire. Les copropriétés doivent faciliter l’installation d’équipements 4G/5G pour répondre aux besoins croissants liés au télétravail. Si les coûts restent variables, ils s’ajoutent aux budgets déjà tendus.
La taxe foncière poursuit sa progression avec des hausses annoncées de 7% à 10% selon les communes. Cette augmentation impacte directement les propriétaires, qu’ils occupent leur logement ou le louent. Pour un appartement de 50m² à Paris, cela peut représenter 100€ à 200€ supplémentaires par an.
Impact différencié selon le statut
Ces hausses touchent différemment propriétaires et locataires selon la nature des charges concernées.
Pour les propriétaires, l’impact est maximal car ils supportent l’intégralité des augmentations. Sur les charges récupérables, ils doivent d’abord avancer les montants avant de les récupérer auprès des locataires avec parfois plusieurs mois de décalage. Sur les charges non récupérables (assurance, syndic, travaux), ils subissent la hausse intégrale qui grignote directement leur rentabilité.
Pour les locataires, la hausse porte uniquement sur les charges récupérables, soit environ 40% du total des charges. L’augmentation de 20% sur trois ans se traduit donc par une progression de 8% environ sur leurs provisions pour charges. Pour un locataire parisien payant 150€ de charges par mois, cela représente 12€ supplémentaires mensuels.
Cette répartition peut évoluer si le propriétaire décide de répercuter indirectement les hausses non récupérables sur le loyer lors du renouvellement du bail, dans la limite de l’indice de référence des loyers.
Comment minimiser l’impact des charges de copropriété ?
Stratégies pour les propriétaires
Face à cette inflation des charges, plusieurs leviers permettent de limiter la casse sans nuire à la qualité de la gestion.
L’audit des contrats constitue le premier réflexe à adopter. Une étude récente révèle que 80% des contrats d’assurance en copropriété sont reconduits tacitement sans mise en concurrence. Pourtant, une négociation sérieuse peut générer des économies de 15% à 25% à garanties équivalentes. Pour une copropriété de 30 lots payant 3 000€ d’assurance, cela représente 600€ à 750€ d’économies annuelles.
Les contrats de maintenance (ascenseur, chauffage, électricité) méritent également un examen attentif. Les prestataires historiques pratiquent souvent des tarifs de confort qu’une mise en concurrence peut faire baisser. L’exemple d’une copropriété à Courbevoie illustre cette approche : en renégociant ses contrats principaux, elle a limité la hausse de ses charges à 6% sur trois ans contre 20% en moyenne.
La gestion fine des consommations offre d’autres pistes d’économies. L’installation de sous-compteurs d’eau individuels, malgré un coût initial de 300€ à 500€ par logement, permet de responsabiliser les occupants et de réduire la consommation globale de 10% à 15%. Cette économie profite au propriétaire si l’eau reste forfaitaire dans le bail, ou au locataire si les charges sont au réel.
Le pilotage du chauffage collectif par programmation et sondage de température peut également générer des économies substantielles. Des dispositifs simples permettent de réduire la facture de 8% à 12% selon l’ADEME.
L’anticipation des travaux évite les dépenses d’urgence souvent plus coûteuses. Un plan pluriannuel de travaux permet d’étaler les investissements et de négocier de meilleurs tarifs en regroupant les interventions. Cette approche facilite aussi le vote des budgets en assemblée générale.
Stratégies pour les locataires
Les locataires disposent de droits précis pour contrôler et contester leurs charges locatives.
La vérification des charges récupérables constitue un droit fondamental souvent sous-utilisé. Le propriétaire doit fournir sur demande les justificatifs détaillés des charges facturées : décompte de copropriété, factures d’eau et d’énergie, contrats de maintenance. Cette vérification permet de détecter les erreurs de répartition ou les charges indûment facturées.
La loi impose au propriétaire de communiquer ces éléments dans un délai d’un mois. En cas de refus ou de retard, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation ou le tribunal judiciaire.
La régularisation annuelle constitue un moment clé du contrôle des charges. Une fois les comptes de copropriété approuvés en assemblée générale, le propriétaire dispose de trois mois pour établir la régularisation. Si les provisions versées dépassent les charges réelles, le trop-perçu doit être remboursé au locataire.
La contestation des provisions reste possible si elles paraissent manifestement surévaluées par rapport aux charges réelles. Le locataire peut demander leur révision à la baisse en cours d’année, avec effet rétroactif si sa demande est justifiée.
L’installation de compteurs individuels d’eau ou de chauffage peut également être demandée par le locataire si l’immeuble n’en dispose pas. Cette démarche nécessite l’accord du propriétaire et un vote favorable de la copropriété, mais elle permet souvent de réduire significativement les charges.
Actions collectives en copropriété
Certaines démarches nécessitent une action coordonnée de l’ensemble des copropriétaires pour être efficaces.
La renégociation du contrat de syndic peut générer des économies importantes. Les honoraires moyens de 229€ par lot peuvent souvent être réduits de 10% à 20% lors d’une mise en concurrence sérieuse. Cette démarche nécessite une mobilisation du conseil syndical et un vote favorable de l’assemblée générale.
Les achats groupés d’énergie permettent de négocier de meilleurs tarifs pour le chauffage collectif ou l’électricité des parties communes. Plusieurs syndicats de copropriétaires se regroupent pour obtenir des conditions préférentielles auprès des fournisseurs.
L’optimisation fiscale passe par la vérification de la taxe foncière et des abattements applicables. Certaines copropriétés peuvent bénéficier d’exonérations partielles ou de réductions selon leur situation géographique ou leur date de construction.
La mutualisation de certains services entre copropriétés voisines (gardiennage, entretien espaces verts) représente une piste encore peu explorée mais prometteuse pour réduire les coûts.
Réglementation et loi Alur : ce qui change
Nouvelles obligations pour les syndics
La loi pour un habitat dégradé, entrée en vigueur récemment, renforce considérablement les obligations des syndics en matière de prévention des impayés et de transparence comptable.
La procédure d’alerte automatique se déclenche désormais lorsque les impayés de charges atteignent 15% du budget prévisionnel pour les copropriétés de plus de 200 lots, ou 25% pour les plus petites. Cette mesure concerne potentiellement 35% des copropriétés françaises selon le registre national.
Concrètement, si une copropriété de 20 lots vote un budget de 50 000€, l’alerte se déclenche dès que les impayés atteignent 12 500€. Le syndic doit alors désigner un mandataire ad hoc et engager des procédures de recouvrement renforcées sous peine de sanctions.
La réduction des délais de prescription à trois ans oblige les syndics à réagir plus rapidement face aux impayés. Cette mesure vise à éviter l’accumulation de créances anciennes qui fragilisent les copropriétés, mais elle impose une vigilance accrue de la part des gestionnaires.
L’obligation de transparence comptable se renforce avec des comptes plus détaillés et des justificatifs systématiques pour tous les postes de dépenses. Cette évolution profite aux copropriétaires propriétaires comme locataires qui peuvent mieux contrôler l’utilisation de leurs versements.
Ces nouvelles contraintes génèrent des coûts supplémentaires : frais de mandataire ad hoc, procédures judiciaires accélérées, reporting renforcé. Selon les estimations professionnelles, le coût total pourrait atteindre 850 millions d’euros pour l’ensemble des copropriétés concernées.
Droits renforcés des copropriétaires
En contrepartie de ces obligations, les copropriétaires bénéficient de nouveaux droits pour faire valoir leurs intérêts.
La suspension du droit de vote peut être prononcée à l’encontre des copropriétaires en impayé dès le premier trimestre de retard. Cette mesure incitative vise à accélérer les régularisations sans passer par des procédures judiciaires longues et coûteuses.
Le droit de contestation des charges se renforce avec des délais de recours clarifiés et des procédures simplifiées. Un copropriétaire peut désormais contester plus facilement la répartition des charges s’il estime sa quote-part excessive ou mal calculée.
L’accès aux documents devient un droit opposable avec des sanctions en cas de refus du syndic. Les comptes détaillés, contrats de prestation, et justificatifs de dépenses doivent être communiqués dans des délais stricts.
Ces évolutions renforcent la position des copropriétaires face aux syndics, mais elles nécessitent une connaissance minimale des règles pour être efficacement utilisées.
Impact sur la relation propriétaire-locataire
La réglementation renforcée modifie indirectement les rapports entre propriétaires et locataires en matière de charges.
La traçabilité accrue des dépenses facilite la justification des charges récupérables auprès des locataires. Les propriétaires disposent désormais de documents plus précis pour expliquer et justifier les montants facturés.
La prévention des impayés en copropriété protège indirectement les locataires contre les hausses brutales de charges liées aux difficultés financières de certains copropriétaires. Une gestion saine de la copropriété bénéficie à tous les occupants.
Les procédures accélérées peuvent néanmoins créer des tensions si un propriétaire en difficulté répercute ses problèmes sur son locataire par des augmentations de charges injustifiées ou des régularisations abusives.
Anticiper l’avenir : tendances 2025-2030
L’impact de la rénovation énergétique obligatoire
Les prochaines années verront se multiplier les obligations de rénovation énergétique avec un impact majeur sur les charges de copropriété.
L’interdiction de location des logements énergivores s’étend progressivement : classes G depuis janvier 2025, classes F prévues pour 2028, classes E pour 2034. En Île-de-France, 192 000 logements en location privée sont déjà concernés par l’interdiction des classes G.
Cette évolution force les propriétaires bailleurs à engager des travaux de rénovation dont le coût peut atteindre 15 000€ à 25 000€ par logement selon l’ampleur des interventions. Ces montants restent intégralement à leur charge et ne peuvent être répercutés sur les locataires pendant la durée du bail.
Les plans pluriannuels de travaux deviennent obligatoires pour toutes les copropriétés, avec un chiffrage précis des interventions nécessaires sur dix ans. Cette planification permet d’anticiper les coûts mais révèle aussi l’ampleur des investissements à prévoir.
Les copropriétés devront constituer des provisions pour travaux plus importantes, ce qui pèsera sur les charges courantes. L’impact peut représenter 500€ à 1 000€ supplémentaires par lot et par an selon l’état initial des immeubles.
La répartition des coûts entre propriétaires et locataires évoluera avec les nouveaux équipements. Les compteurs connectés, systèmes de pilotage intelligent, et autres dispositifs d’optimisation énergétique génèreront de nouveaux postes de charges dont certains pourront être récupérables.
Les évolutions technologiques en vue
La digitalisation de la gestion immobilière transforme progressivement l’approche des charges de copropriété.
Les compteurs connectés se généralisent pour l’eau, l’électricité et le chauffage. Ces équipements permettent un suivi en temps réel des consommations et une facturation plus juste, mais ils génèrent de nouveaux coûts : acquisition, installation, maintenance, abonnements data. Pour les locataires, l’avantage est une facturation au réel qui récompense les économies. Pour les propriétaires, c’est une gestion simplifiée mais des coûts techniques supplémentaires.
La gestion prédictive utilise l’intelligence artificielle pour optimiser les consommations et anticiper les pannes. Ces technologies peuvent réduire significativement les coûts de chauffage et de maintenance, mais elles nécessitent des investissements initiaux importants et des compétences techniques spécialisées.
Les plateformes digitales de gestion des charges offrent une transparence accrue avec un accès en ligne aux comptes, factures, et statistiques de consommation. Cette évolution facilite le contrôle des charges par les copropriétaires et les locataires, mais elle peut créer une fracture numérique pour les occupants moins familiers des outils digitaux.
Scénarios d’évolution des charges
Plusieurs tendances convergent pour dessiner l’évolution probable des charges sur les cinq prochaines années.
Le scénario tendanciel prévoit une poursuite de la hausse annuelle de 5% à 8%, portée par l’inflation générale, les coûts énergétiques, et les nouvelles obligations réglementaires. Dans cette hypothèse, les charges parisiennes pourraient atteindre 55€ à 60€ par mètre carré d’ici 2030.
Le scénario accéléré intègre l’impact massif de la rénovation énergétique obligatoire avec des hausses de 10% à 15% par an sur certaines périodes. Les travaux de rénovation créeraient des appels de fonds exceptionnels qui doubler aient temporairement les charges annuelles.
Le scénario optimisé mise sur les gains d’efficacité technologique et la massification des économies d’échelle pour stabiliser les charges malgré l’inflation. Cette évolution nécessiterait une mobilisation collective des copropriétés et un accompagnement public renforcé.




